Il y a environ …

200 ans :  ( Le 10 octobre 1818 ) : destruction du  »  Champ-d’Asile  », État français fondé sur le sol américain: ? !

 

   Après la seconde chute de Napoléon, quelques soldats français, que la proscription ou le désespoir chassaient de leur patrie, allèrent se réfugier en Amérique. Un acte du congrès législatif des États-Unis leur accorda quatre-vingt-douze mille acres dans le territoire d’Alabama, sur le Mohilé et le Tombeck-Bee, à raison de deux francs l’acre, payables en quatorze ans, sans intérêt, pour y former une colonie. Chaque soldat devait y recevoir une part de terre correspondante à son grade : mais en touchant le sol étranger, la plupart des exilés s’étaient trouvés dans la position la plus difficile, et dans un dénuement absolu.

 » Champ d’asile  » carte .

    Un séjour de quelques mois à New-York, à Philadelphie, à Boston, les avait rendus  débiteurs envers leurs hôtes. Des spéculateurs américains profitèrent de la circonstance et offrirent aux Français de leur acheter, à vil prix, les terres qui leurs avaient été  concédées : Ceux-ci, n’ayant pas d’autre choix, acceptèrent, et cédèrent tous leurs droits.

François-Antoine Lallemand, l'un des deux bonapartistes fondateurs de la colonie française

François-Antoine Lallemand, l’un des deux bonapartistes fondateurs de la colonie française

Résultat : La colonie naissante se composa, pour les sept huitièmes, d’Américains, tandis que, dans le plan primitif, on ne devait y admettre que des Français.       

     Quelques français qui avaient vendu leurs terres se rendirent à Galveston, où le général Humbert s’était établi ; d’autres, au nombre de cent cinquante à trois cents, allèrent, sous la direction des généraux Lallemand (François-Antoine et son frère Henri), fonder une colonie purement française, à dix ou douze lieues ouest de Galveston, entre les rivières de la Norte et de la Trinité, dans un territoire abandonné de la province du Texas, et dont la possession était incertaine entre les Espagnols, les Indiens et les Américains.

 Le produit de la vente des terres de l’Alabama et quelques avances faites par les chefs de l’entreprise, payèrent les frais de l’expédition et de l’établissement. Arrivés sur ce territoire, qu’ils appelèrent du nom de   »Champ-d’Asile  », les exilés se donnèrent un gouvernement militaire, se distribuèrent en cohortes, dont chacune avait son chef, et dans lesquelles on ne pouvait admettre que des Français, ou des hommes qui eussent servi dans l’armée française. Dans le partage des terres, chaque officier eut vingt arpents, avec tous les instruments nécessaires au défrichement.

champ-asile( dessin = défrichement,travaux pour l’établissement de leur ville  )

 

Quelques  jours après leur établissement, ils publièrent un manifeste, où, se déclarant état indépendant, ils annonçaient qu’ils respecteraient les nations voisines tout en étant  disposés à se défendre au péril de leur vie contre toute agression injuste. Ce manifeste amena encore plus   de réfugiés. La fertilité du sol, la douceur du climat, et le voisinage d’une rivière favorisaient l’essor et la durée de leur colonie : Mais ils n’avaient pas de femmes pour  » adoucir les ennuis de l’exil  » et  étaient peu habitués aux rudes travaux du défrichement.

   Une centaine d’esclaves qu’ils avaient achetés désertèrent chez les  » sauvages  » : Le découragement se répandit parmi les colons. D’ailleurs, leur arrivée avait amené, surtout chez les Espagnols du voisinage, des inquiétudes que leur manifeste ne suffisait pas  à dissiper. Le bruit se répandit que les réfugiés du Texas entretenaient des correspondances avec les mécontents du Mexique.

   Le vice-roi de ce pays, Apodaca, décida de détruire cet établissement, ainsi que celui de Galveston. Six ou sept cents Espagnols, conduits par le général Castenada, se présentèrent devant Galveston, qui fut évacué. Les colons du Texas, encore mal établis, divisés, découragés, assaillis par les Indiens, abandonnèrent le Champ-d’Asile, qui n’eut ainsi qu’une existence de quelques mois. Plusieurs Français retournèrent dans l’Alabama, où ils s’établirent et fondèrent une ville.

2 réflexions sur “Il y a environ …

  1. Excellent billet sur l’aventure de ces Français établis au Etats-Unis au XIXème siècle.
    Leur aventure est surprenante mais que pouvait un si petit nombre face à des Américains bien installés, face aux rapaces qui voulaient leurs terres et face aux Espagnols qui tenaient à rester un peuple de conquérants face aux Etats-Unis ?
    Rien car ils comptaient peu pour le pouvoir en place.
    Voici une histoire que je connaissais peu mais j’en ai appris beaucoup plus grâce à ce billet riche et bien documenté.

  2. Merci pour avoir lu et commenté Yann ( ( que mon petit billet ait un peu enrichi tes connaissances me flatte ! ) .
    Ceci dit , je ne connaissais pas cette histoire ( je suis parti d’un petit article d’une dizaine de lignes dans un  » magazine télé  » ) qui m’a intrigué …
    Effectivement, c’était une initiative courageuse , mais utopique face à la puissance des Espagnols et aux américains , pourtant , ils ne demandaient pas  » grand chose  »
    F.

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